Dans le cadre de la 9ᵉ édition de Musiques en Bugey, organisée avec passion par René et Sylvie Nambotin, l’église de Saint-Germain-des-Paroisses a accueilli aujourd’hui un invité de prestige : Edgar Moreau, venu nous offrir un récital consacré à Jean-Sébastien Bach. Au programme : les Suites pour violoncelle n° 2, n° 3 et n° 6. Le présentateur nous annonce pourtant les « trois premières Suites »… Une petite erreur de programme qui nous aura fait sourire : les Suites n’étaient manifestement pas rangées dans le même ordre ! À moins que certaines suites n’aient simplement décidé de prendre quelques jours de vacances en Bugey…

Quoi qu’il en soit, pendant près d’une heure et demie, Edgar Moreau nous a emmenés avec son magnifique violoncelle David Tecchler de 1711, vers LE Bach. Et quelle entrée en matière ! Dès les premières mesures du Prélude de la Suite n° 1 en sol majeur, avec cette succession d’arpèges si célèbres, Edgar Moreau donne au violoncelle une profondeur et une expressivité remarquables. Instrument que l’on pourrait croire essentiellement monodique, le violoncelle semble soudain faire entendre plusieurs voix à la fois : accords suggérés, basses continues, lignes mélodiques qui se répondent… Tout l’art du contrepoint caché de Bach apparaît sous son archet.

Dans les danses, le musicien exploite avec une incroyable finesse toutes les possibilités polyphoniques de l’instrument. Bach est là, mais il n’est jamais figé : il respire, chante, danse et surtout nous parle. Ces six Suites ont été composées entre 1717 et 1723. Trois siècles plus tard, elles demeurent pourtant d’une étonnante fraîcheur car elles sont portées par un artiste de talent et semblent tout simplement inoubliables.

La rencontre d’Edgar Moreau avec le violoncelle remonte d’ailleurs à l’âge de ses quatre ans. De façon presque fortuite, il découvre chez un antiquaire parisien une petite fille jouant du violoncelle. Il est immédiatement fasciné par la couleur sombre et profonde de cet instrument. Cette rencontre allait devenir une passion, puis une vocation, qui le conduira à une carrière internationale et à de nombreuses récompenses, parmi lesquelles les Victoires de la Musique Classique en 2013 et 2015.

Et parce qu’un grand concert n’est jamais tout à fait complet sans une petite surprise, le rappel nous a offert un instant presque acrobatique : le violoncelle, un peu mal posé, a eu la tentation de déraper ! Mais Edgar Moreau, imperturbable, lui a rapidement fait retrouver le droit chemin… avant de reprendre sous son archet la magnifique tension de la ligne de chant. Même un Tecchler de 1711 peut donc avoir, à l’occasion, un petit moment de fantaisie!

C’est certainement dû à sa capacité à partager ses émotions et à les rendre accessibles. La virtuosité est bien là ! Elle est au service de l’expression, du chant et de cette formidable capacité qu’a l’interprétation de Bach à nous toucher, trois siècles après avoir écrit ces pages.

Et surtout… ne vous arrêtez pas à Bach ! Car Musiques en Bugey continue toute la semaine, avec des concerts et des rencontres à Ceyzérieu, Culoz et Belley.

Vous pourrez y découvrir des artistes, qui sont aussi des personnalités profondément accessibles et sincères, et qui semblent, elles aussi, avoir envie de mieux connaître notre belle région. Au fil de cette semaine, vous pourrez notamment rencontrer Elia, violoncelliste, soprano, chambriste et directrice artistique, ainsi que Mickaël Cohen-Weissert, pianiste et compositeur — auteur notamment de AMALIA! et impliqué dans la création de La Petite Sirène, née en 2023 d’une idée d’Elia et d’une commande de Musiques en Bugey —, mais aussi Aurélien Pascal, Joryan Pernollet, Hervé Charton, le Aisar Hernandez Trio, Elad Navon dans Messiaen, Mairéad Hickey dans Chopin, Charlotte Saluste-Bridoux, Josquin Otal, Adrien Boisseau et Hortense Fourrier.

Alors, venez aux concerts, applaudissez, échangez, encouragez. Et pourquoi pas, si vous le pouvez, apportez aussi votre soutien à cette belle aventure. Même si une Suite de Bach peut traverser trois siècles… un festival, lui, a besoin de nous pour continuer à écrire la suite!

Rendez-vous donc toute cette semaine en Bugey : les artistes sont là, la musique aussi…

Article et photo : Sonia André pour Bugeyradio.fr